16 août 2014

Poème d'août (haïkus)

Haïkus

Tu dois t'élever
au-dessus des nuages sombres
couvrant le sommet de la montagne
sinon comment pourrais-tu jamais voir la lumière?
Ryôkan


Au nectar d’orchidée 
le papillon 
parfume ses ailes 
Bashô


J'ai balayé les feuilles mortes
ceux qui passent
ne se rendent compte de rien
Hôsai


Tombé malade en voyage
Mes rêves errent
Sur des plaines dénudées
Bashô


Le voleur m'a tout pris
sauf la lune
à ma fenêtre
Ryôkan


Sur la pointe d'une herbe 
devant l'infini du ciel 
une fourmi 
Hôsai


J'ai fait pousser autour de ma hutte
des plantes et des fleurs.
maintenant, je m'en remets
à la volonté du vent.
Ryôkan


Neige qui tombait sur nous deux
Es-tu la même 
cette année?
Bashô


Tuant une mouche
J'ai blessé
Une fleur.
Issa

Le vent de l’été
apporte dans ma soupe
des pivoines blanches
Ryôkan

Auprès du poirier 
je suis venu solitaire 
contempler la lune 
Buson

La surface de l’eau
semble ornée comme la soie-
la pluie de printemps
Ryôkan

15 août 2014

Un mois pour soi

Le cœur serré, heureuse et triste à la fois. Emmitouflée pendant un mois dans d'épaisses couches d'amour et de bienveillance. Un mois hors du monde, hors du temps. Loin du tumulte de l'extérieur. Pour se retrouver avec soi-même, prendre le temps de faire les choses, apprendre à ralentir. Ralentir pour mieux dormir. 

Recevoir la douceur des autres en chacune de mes cellules, la laisser se faufiler dans mes veines et dans mon cœur. Je me laisse bercer par tous ces visages, me souviens de la saveur de leurs larmes et du parfum de leurs rires, de tous ces parcours de vie, des bleus à l'âme que nous partageons. 

Me reconnecter à ma part sacrée. Écouter mes désirs, ceux qui me sont propres et n'appartiennent ni ne proviennent de personne d'autre. Ces désirs que j'étouffe souvent parce qu'ils ne correspondent pas à la vie cadrée que je m'étais planifiée. 

Ma soif de liberté, d'inattendu, de magie, de rêves dorés me rattrape toujours. Maintenant je l'accepte, l'embrasse et la chéris. C'est moi et c'est comme ça. J'essaie d'accueillir chaque parcelle de mon identité telle qu'elle est. Je me redécouvre et m'étonne chaque jour. Une nouvelle vie, un nouveau jeu mais avec mes règles cette fois.

2 juillet 2014

Poème de juillet

Trouées


Echappées sur la mer
Chutes d’eau
Arbres chevelus moussus
Lourdes feuilles caoutchoutées luisantes
Un vernis de soleil
Une chaleur bien astiquée
Reluisance
Je n’écoute plus la conversation animée de mes amis qui se partagent les nouvelles que j’ai apportées de Paris
Des deux côtés du train toute proche ou alors de l’autre côté de la vallée lointaine
La forêt est là et me regarde et m’inquiète et m’attire comme le masque d’une momie
Je regarde
Pas l’ombre d’un œil
Blaise Cendrars

17 juin 2014

Poème de juin

Je t’aime


Je t’aime pour toutes les femmes que je n’ai pas connues 
Je t’aime pour tous les temps où je n’ai pas vécu 
Pour l’odeur du grand large et l’odeur du pain chaud 
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs 
Pour les animaux purs que l’homme n’effraie pas 
Je t’aime pour aimer 
Je t’aime pour toutes les femmes que je n’aime pas 

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu’une étendue déserte 
Entre autrefois et aujourd’hui 
Il y a toutes ces morts que j’ai franchies sur la paille 
Je n’ai pas pu percer le mur de mon miroir 
Il m’a fallu apprendre mot par mot la vie 
Comme on oublie 


Je t’aime pour ta sagesse qui n’est pas la mienne 
Pour la santé 
Je t’aime contre tout ce qui n’est qu’illusion 
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas 
Tu crois être le doute et tu n’es que raison 
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête 
Quand je suis sûr de moi.
Paul Eluard, Le Phénix

14 juin 2014

Ma part d'ombre

Je suis inquiète parce que je me rends compte que cette fois-ci, c'est plus grave que d'habitude.

Ces dernières années, j'essayais de contourner comme je pouvais ma forte anxiété. Je prenais sur moi avec difficulté. Je m’étais résignée à vivre avec, à la subir avec son lot de souffrances. Bien qu’insupportable, c’était devenu presque "normal" d’avoir fréquemment des crises d’angoisse.

Mon anxiété a commencé à m'envahir davantage, à déborder, devenant permanente, invalidante et invivable. Je me disais que ça allait passer. Derrière mon insomnie chronique et mon hyper-vigilance se cachent pourtant bien plus qu'une angoisse passagère. 

Elles abritent mes maux d'enfant, les douleurs enfouies, les non-dits, les carences. Tout ce que j'ai essayé d’étouffer et de masquer tant bien que mal pour survivre mais qui demeurait là, planqué, à l’affût d'un moment de faiblesse pour se réinviter dans ma vie.

J'ai peur d'aller creuser plus profond du côté de ma part sombre même si je sais que c'est devenu vital. J'ai l'impression de m'y être déjà tant attelé par le passé. Je suis préoccupée à l’idée de découvrir qu'il s'agit peut-être d'un puits sans fond. 

Il va falloir affronter ces fêlures, les écouter encore plus et cela m'effraie. Il faudra aller massacrer les fausses croyances, ces fantômes malveillants. Lâcher prise et faire le deuil de ce qui n'existera jamais.

Chercher celle que je suis vraiment derrière les apparences, celle que je n'ai pas assez écoutée, celle que j'ai négligée comme d'autres l'avaient fait avant.
 

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