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28 avril 2014

La question de Rilke

À seize ans, j'ai lu Lettres à un jeune poète de Rilke lors d'un ennuyeux séjour dans une famille aux États-Unis. Déjà à l’époque cette correspondance sensible et lumineuse m’avait marquée, avait laisse une trace quelque part en moi.

Il y a deux ans, j'ai lu le journal intime d'Etty Hillesum Une vie bouleversée qui a été comme un guide spirituel, une révélation et est devenu mon livre préféré. Etty Hillesum y citait souvent Rilke. Elle m'a donnée envie de retrouver l'univers de Rilke, son génie, ses réflexions sur la solitude, le silence, l'amour et l’écriture.

Le week-end dernier je me suis replongée dans ses Lettres à un jeune poète qui est toujours dans ma bibliothèque douze ans après :) Depuis je ne cesse de penser à ce passage:

"Rentrez en vous-même. Explorez le fond qui vous enjoint d’écrire ; vérifiez s’il étend ses racines jusqu’à l’endroit le plus profond de votre cœur, répondez franchement à la question de savoir si, dans le cas où il vous serait refusé d’écrire, il vous faudrait mourir. C’est cela avant tout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit : suis-je contraint d’écrire ? Creusez en vous-même jusqu’à trouver une réponse profonde. Et si elle devait être positive, s'il vous est permis de faire face à cette question sérieuse par un simple et fort "j'y suis contraint", alors construisez votre vie en fonction de cette nécessité."

6 février 2014

Poème de février

Ode à la vie

Il meurt lentement…
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l’habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d’émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les cœurs blessés.

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu’il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant !
Risque-toi aujourd’hui !
Agis tout de suite !
Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d’être heureux !

Martha Medeiros

13 janvier 2014

Poème de janvier

Les oies sauvages

Nul besoin d'être bon
Nul besoin de marcher sur les genoux
Sur une centaine de kilomètres à travers le désert, repentant.
Il te suffit, simplement, de laisser le doux animal qui est en toi
Aimer ce qu'il aime.

Parle moi de désespoir, de ton désespoir, et je te parlerai du mien.
Pendant ce temps, la Terre continue de tourner.

Pendant ce temps, le soleil et les perles limpides de la pluie
traversent les paysages,
balayant les prairies et les arbres enracinés,
les montagnes et les rivières.

Entre temps, les oies sauvages, là-haut dans le ciel bleu et pur,
reviennent une fois encore au pays.

Qui que tu sois, et quelle que soit la profondeur de ta solitude,
Le monde s'offre à ton imagination

Il t'interpelle comme la voix rauque et animée des oies sauvages
clamant encore et encore ta place
au sein de la famille des choses de l'univers.

Mary Oliver

12 novembre 2013

Mes favoris (Portrait chinois?)

-Livre: si je devais n'en choisir qu'un ce serait Une vie bouleversée d'Etty Hillesum
-Film: Va, vis et deviens de Radu Mihaileanu, Sur la route de Madison de Clint Eastwood, Le tigre et la neige de Roberto Benigni, le Facteur de Michael Radford et plus récemment Sugar Man de Malik Bendjelloul
-Jardin et Parc: Regent's park et Hampstead Heath à Londres, le jardin du Luxembourg et le jardin Catherine-Labouré à Paris
-Musée: le musée Rodin à Paris, la Saatchi Gallery à Londres et la Piscine à Roubaix
-Poème: La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur d'Eluard
-Boutique et magasin: A Paris, j'adore traîner chez Monoprix, au Bon Marché et dans les boutiques de la rue de Poitou et de la rue Vieille du Temple et à Londres j'aime faire un tour chez Anthropologie, Urban Outfitters, Topshop, Cath kidston, Primark et Pitfield qui est un café-boutique
-Produit de beauté: l'huile de coco pour son odeur gourmande et son côté multi-usage
-Marché: Le marché aux fleurs de Columbia Road à Londres, j aime son ambiance bohème, le marché des enfants rouges à Paris
-Pays: l'Italie
-♥ Sport: la course à pied (j'avais mis un "s" à pieds au départ, ça me paraissait évident vu qu'on court avec les deux pieds mais non apparemment!)
-Objet: Mon iPad mini
-Dessert: fraisier et tiramisù
-Vin: le Chablis et le Morellino di Scansano
-Actrice/Acteur: Kate Winslet et Fabrice Lucchini
-Série: Big Bang Theory sans hésitation, Sheldon me fait mourir de rire (j'aime bien aussi New Girl pour Zooey Deschanel)
-Mot: poésie, douceur et bienveillance

23 juillet 2013

Wish list livres - juillet

Voici une liste de livres qui me font envie ces derniers temps. On y trouve un peu de spiritualité et de psychologie, des romans et un livre de cuisine. Avez-vous lu l'un de ces livres? Je vous souhaite une semaine pleine de rires et de soleil.

- Les quatre accords toltèques de Don Miguel Ruiz












- La promesse de l'aube de Romain Gary












-Liberez votre créativité de Julia Cameron












- Le coeur cousu de Carole Martinez












- Les couleurs de l'amour de Rumi












- Jerusalem: A Cookbook de Yotam Ottolenghi



 

19 juillet 2013

Poème de juillet

Ciel brouillé

On dirait ton regard d'une vapeur couvert ;
Ton oeil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert ?)
Alternativement tendre, rêveur, cruel,
Réfléchit l'indolence et la pâleur du ciel.

Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés,
Qui font se fondre en pleurs les coeurs ensorcelés,
Quand, agités d'un mal inconnu qui les tord,
Les nerfs trop éveillés raillent l'esprit qui dort.

Tu ressembles parfois à ces beaux horizons
Qu'allument les soleils des brumeuses saisons...
Comme tu resplendis, paysage mouillé
Qu'enflamment les rayons tombant d'un ciel brouillé !

Ô femme dangereuse, ô séduisants climats !
Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas,
Et saurai-je tirer de l'implacable hiver
Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer ?


Charles BaudelaireLes fleurs du mal

6 mai 2013

Poème de mai

De moment en moment

Pourquoi ce chemin plutôt que cet autre? Où mène-t-il pour nous solliciter si fort? Quels arbres et quels amis sont vivants derrière l’horizon de ses pierres, dans le lointain miracle de la chaleur? Nous sommes venus jusqu’ici car là où nous étions ce n’était plus possible. On nous tourmentait et on allait nous asservir. Le monde, de nos jours, est hostile aux Transparents. Une fois de plus il a fallu partir…

Et ce chemin, qui ressemblait à un long squelette, nous a conduits à un pays qui n’avait que son souffle pour escalader l’avenir. Comment montrer, sans les trahir, les choses simples dessinées entre le crépuscule et le ciel? Par la vertu de la vie obstinée, dans la boucle du Temps artiste, entre la mort et la beauté.

René Char

3 avril 2013

Poème d'avril

La journée d’été

Qui a fait le monde?
Qui a fait le cygne et l’ours noir?
Qui a fait la sauterelle?
Cette sauterelle-ci, je veux dire --
celle qui a bondi hors de l’herbe,
celle qui mange du sucre au creux de ma main,
qui bouge ses mandibules à gauche puis à droite, plutôt que de haut en bas--
qui regarde autour d’elle avec ses énormes yeux compliqués.
Qui lève ses pâles avant-bras et se nettoie soigneusement la tête.
Qui déploie maintenant ses ailes, et s’envole au loin.
Je ne sais pas exactement ce qu’est une prière.
Mais je sais comment prêter attention, comment tomber
dans l’herbe, comment m’agenouiller dans l’herbe,
comment flâner et être comblée, comment errer à travers champs,
ce que j’ai fait tout au long de la journée.
Dis-moi, qu’aurais-je dû faire d’autre?
Tout ne finit-il pas par mourir, et trop rapidement?
Dis-moi, qu’entends-tu faire
de ton unique, sauvage et précieuse vie?

The summer day

Who made the world?
Who made the swan, and the black bear?
Who made the grasshopper?
This grasshopper, I mean--
the one who has flung herself out of the grass,
the one who is eating sugar out of my hand,
who is moving her jaws back and forth instead of up and down--
who is gazing around with her enormous and complicated eyes.
Now she lifts her pale forearms and thoroughly washes her face.
Now she snaps her wings open, and floats away.
I don't know exactly what a prayer is.
I do know how to pay attention, how to fall down
into the grass, how to kneel in the grass,
how to be idle and blessed, how to stroll through the fields,
which is what I have been doing all day.
Tell me, what else should I have done?
Doesn't everything die at last, and too soon?
Tell me, what is it you plan to do
With your one wild and precious life?

Mary Oliver, House of Light

1 mars 2013

Poème de mars

Regarder l'enfance

Jusqu'aux bords de ta vie
Tu porteras ton enfance
Ses fables et ses larmes
Ses grelots et ses peurs

Tout au long de tes jours
Te précède ton enfance
Entravant ta marche
Ou te frayant chemin

Singulier et magique
L'œil de ton enfance
Qui détient à sa source
L'univers des regards.

Andrée Chedid, Epreuves du Vivant

5 février 2013

Poème de février

 L'invitation au voyage

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble!
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
— Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

 
Luxe, Calme et Volupté - Henri Matisse, 1904 - Centre Georges Pompidou

2 janvier 2013

Poème de janvier

Le Poison

Le vin sait revêtir le plus sordide bouge
D'un luxe miraculeux,
Et fait surgir plus d'un portique fabuleux
Dans l'or de sa vapeur rouge,
Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux.


L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes,
Allonge l'illimité,
Approfondit le temps, creuse la volupté,
Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l'âme au delà de sa capacité.


Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers...
Mes songes viennent en foule
Pour se désaltérer à ces gouffres amers.


Tout cela ne vaut pas le terrible prodige
De ta salive qui mord,
Qui plonge dans l'oubli mon âme sans remords,
Et charriant le vertige,
La roule défaillante aux rives de la mort!

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal
 

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